Après un incendie, les flammes ne sont pas les seules à laisser des traces. Les fumées et leurs dépôts recouvrent les surfaces, s’infiltrent dans les cloisons et brouillent la lecture d’un sinistre. Comprendre ce qu’elles contiennent est autant une question de sécurité qu’un point de départ pour la recherche des causes d’incendie.
Quelle est la composition des fumées d’incendie ?
Les fumées d’incendie sont un mélange de gaz (dioxyde de carbone, monoxyde de carbone, cyanure d’hydrogène), de vapeur d’eau et de particules solides en suspension, dont les suies et les imbrûlés. Leur composition dépend du combustible, de l’oxygène disponible et de la température atteinte par le foyer.
Un feu de mobilier moderne, riche en plastiques et en mousses, ne dégage pas la même chimie qu’un feu de bois. Plus la combustion est incomplète, plus la part d’imbrûlés et de particules noires augmente.
Cette production dépend directement des trois conditions réunies dans le triangle du feu : combustible, comburant et énergie d’activation. Modifier l’un de ces paramètres change la nature et l’abondance des fumées.
Quels sont les différents types de fumée ?
On distingue les fumées claires, chargées surtout de vapeur d’eau et de gaz, et les fumées noires, denses en suies et imbrûlés qui signalent une combustion incomplète. Chaudes, elles s’élèvent puis se stratifient sous les plafonds ; en refroidissant, elles retombent et se déposent sur les parois froides.
Cette stratification suit l’évolution du feu. Elle se lit différemment selon les phases de l’incendie, de l’allumage à l’embrasement généralisé.
La couleur, la vitesse et le sens de déplacement d’un panache renseignent sur le foyer. La fumée ne se contente pas de nuire : elle transporte aussi une part des dommages liés à la fumée, souvent sous-estimés face aux dégâts visibles du feu.
Quelle est la toxicité des fumées d’incendie ?
Les fumées présentent cinq dangers combinés : opacité, chaleur, toxicité, inflammabilité et corrosivité. La toxicité vient surtout du monoxyde de carbone, qui bloque le transport de l’oxygène dans le sang, et du cyanure d’hydrogène, libéré par la combustion de matières azotées. Une inhalation courte peut suffire à provoquer une perte de connaissance.
L’opacité désoriente et ralentit l’évacuation ; la chaleur brûle les voies respiratoires. Les dépôts corrosifs, eux, continuent d’attaquer métaux et surfaces longtemps après l’extinction, ce qui justifie un traitement de la suie après sinistre rapide.
Quelle est la toxicité des fumées pour les pompiers ?
Les intervenants sont exposés en phase active mais aussi après le feu. Les suies déposées sur les équipements et la peau prolongent le contact avec des composés nocifs, d’où l’importance des EPI et de la décontamination des tenues.
Ce risque de contamination résiduelle concerne aussi les locaux sinistrés. La décontamination des fumées et suies vise à retirer ces dépôts avant tout retour des occupants.
Que révèlent les fumées et les suies à l’expert incendie ?
Les dépôts de fumée forment une empreinte durable de l’incendie. Leur répartition, leur épaisseur et les jeux d’ombres laissés sur les parois permettent de reconstituer le trajet des fumées, donc la propagation du feu et souvent son point d’origine. C’est un indice central de toute expertise sinistre.
Un objet qui protège une zone de la paroi crée une ombre de suie : sa forme trahit sa position au moment du sinistre. Les condensats sur surfaces froides et les variations de teinte des suies dessinent des plans de fumée que l’expert cartographie pièce par pièce.
Cette lecture s’appuie sur une démarche scientifique, non sur une impression. L’expert applique la méthode NFPA 921, qui encadre le raisonnement RCCI, du recueil des indices à la formulation d’hypothèses testées. Certifié CFEI, CFII, FIT et CI, il intervient en France comme à l’international, y compris en expertise navale.
Si les dépôts de fumée de votre sinistre soulèvent des questions sur l’origine du feu, vous pouvez demander une expertise indépendante pour faire lever le doute.
J’ai inhalé de la fumée : que faire ?
Quittez immédiatement la zone enfumée et respirez à l’air libre. Appelez le 15 ou le 112 en cas de toux persistante, de maux de tête, de vertiges, de nausées ou d’essoufflement, même différés. Le monoxyde de carbone et le cyanure d’hydrogène agissent parfois plusieurs heures après l’exposition.
Ne minimisez pas des symptômes qui semblent passer. Un avis médical reste la seule réponse fiable, l’expertise, elle, intervient ensuite sur les causes matérielles du sinistre.
